La situation au Soudan a basculé dans un nouveau cauchemar humanitaire et sécuritaire suite à la chute d’El-Fasher, capitale du Darfour-Nord, aux mains des Forces de Soutien Rapide (FSR) le dimanche 26 octobre 2025. Après 18 mois de siège brutal, la ville, considérée comme le dernier bastion de l’armée soudanaise (SAF) dans cette région stratégique, est le théâtre d’atrocités de masse, faisant craindre un retour aux heures les plus sombres du Darfour.

Bilan humain catastrophique et allégations d’exécutions
La prise d’El-Fasher a été immédiatement suivie par des massacres systématiques. Des rapports convergents, notamment de la coalition de groupes armés alliés à l’armée, du Syndicat des médecins soudanais et du Humanitarian Research Lab de l’Université Yale (HRL), font état d’exécutions sommaires et massives de civils non armés.
Le bilan provisoire est dévastateur et très contesté, en raison du black-out total des communications. La coalition pro-SAF accuse les FSR d’avoir exécuté plus de 2 000 civils les 26 et 27 octobre, affirmant que la majorité des victimes sont des femmes, des enfants et des personnes âgées. Le Syndicat des médecins soudanais a pour sa part dénoncé le meurtre de tous les patients dans les hôpitaux de la ville, tandis qu’un rapport de l’HRL, étayé par des images satellites, corrobore des « exécutions massives ». L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) estime que près de 177 000 civils demeurent piégés dans la ville et ses environs, sans nourriture, sans eau potable ni soins médicaux.

Ces violences ravivent de terrifiantes craintes d’un nettoyage ethnique, les FSR étant issues des milices arabes Janjawid, responsables des massacres au Darfour au début des années 2000. Des témoins ont rapporté avoir entendu des combattants des FSR crier : « Nous sommes ici pour tuer ».
L’indignation et l’impuissance de la communauté internationale
Le drame d’El-Fasher a provoqué une vague de condamnations internationales unanimes, mais jusqu’à présent inefficaces :
1-Nations Unies : Le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a appelé à l’arrêt immédiat de l’escalade militaire. Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a alerté sur le « risque croissant d’atrocités motivées par des considérations ethniques », exigeant une enquête rapide, indépendante et impartiale sur les allégations d’exécutions sommaires.
2-Conseil de Sécurité : Le Conseil de sécurité de l’ONU a condamné fermement l’assaut des FSR et les violations des droits humains, insistant sur la nécessité de documenter les exactions pour éviter l’impunité des responsables.
3-Organisations Humanitaires : Le HCR (Haut-Commissariat pour les Réfugiés) s’est dit « horrifié par l’escalade de violences brutales », soulignant l’insupportable niveau de souffrance qui fait du Soudan la « pire crise humanitaire au monde ». Les appels à l’ouverture de couloirs humanitaires sécurisés restent lettre morte.
4-Réactions des pays : Le Canada a publiquement condamné le « massacre » attribué aux FSR. La Türkiye a réclamé un arrêt immédiat des combats, et le Qatar a exprimé sa profonde préoccupation face à la « situation humanitaire tragique ».

La chute d’El-Fasher confère aux FSR un contrôle quasi-total sur l’immense région du Darfour, divisant de facto le Soudan et menaçant d’une fragmentation durable du pays. Les experts et analystes craignent une radicalisation des positions sur le terrain, où la haine ethnique est désormais exacerbée par les exactions commises. La passivité de la communauté internationale face à ce drame fait craindre une répétition des pires scénarios historiques.

