Depuis septembre 2025, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) a instauré une stratégie d’étranglement inédite autour de Bamako. En ce mois de mars 2026, alors que le pays traverse une période de forte consommation liée aux préparatifs et à la tenue du Ramadan, le blocus sur le carburant et les produits de première nécessité atteint un seuil de tension critique pour les cinq millions d’habitants de la capitale malienne.

Une stratégie d’asphyxie méthodique
Le centre de gravité du conflit est déplacé vers le sud et l’ouest du pays par l’organisation terroriste. En ciblant méthodiquement les axes logistiques vitaux — notamment les corridors reliant Bamako à San-Pédro (Côte d’Ivoire) et Dakar (Sénégal) — le JNIM a réussi à réduire les livraisons de carburant de près de 80 %. Les attaques contre les convois de camions-citernes se sont multipliées, transformant chaque trajet en mission suicide pour les transporteurs. Début février 2026, une nouvelle attaque d’envergure a vu la destruction de dizaines de citernes, aggravant une pénurie déjà endémique.
Un quotidien entre files d’attente et délestages
Aujourd’hui, l’impact sur la vie quotidienne est dévastateur. À Bamako dans la capitale, les stations-service sont le théâtre de files d’attente interminables s’étirant sur plusieurs kilomètres. Le prix du litre au marché noir s’envole, rendant les déplacements quasi impossibles pour une grande partie de la population.
Au-delà de la mobilité, c’est tout le système énergétique qui vacille. L’EDM (Énergie du Mali), déjà en difficulté structurelle, peine à alimenter ses groupes électrogènes faute de combustible. Les délestages massifs plongent des quartiers entiers dans le noir, paralysant les petites entreprises, les ateliers et la conservation des denrées alimentaires, une situation particulièrement éprouvante durant les fortes chaleurs actuelles.
La riposte militaire : L’Opération Fuka Kènè
Face à l’urgence, les autorités de transition ont réagi en nommant le Général de brigade Famouké Camara à la tête de l’opération Fuka Kènè. L’objectif est clair : sécuriser les convois par des escortes militaires renforcées et briser le siège économique. Si l’armée affirme avoir neutralisé plusieurs cellules terroristes le long des axes principaux ces dernières semaines, la menace reste diffuse et asymétrique. L’utilisation croissante de drones artisanaux par les groupes armés pour surveiller et frapper les convois complexifie davantage la tâche des forces de défense et de sécurité.
Un enjeu de survie politique
Ce blocus n’est pas qu’une contrainte logistique; c’est une arme politique. En privant la capitale de ses ressources vitales, le JNIM cherche à démontrer l’incapacité de l’État à protéger ses citoyens et à assurer les services de base. Pour Bamako, le défi de ce mois de mars est double : sécuriser l’approvisionnement pour apaiser la grogne sociale croissante et prouver que la souveraineté du pays ne s’arrête pas aux portes de la capitale.