La crise politique à Madagascar a atteint un point de rupture ce lundi 13 octobre 2025, marquée par la confirmation non officielle mais convergente de la fuite du président Andry Rajoelina. Alors que la grande île s’enfonce dans le chaos après le ralliement d’une partie des forces armées au mouvement de contestation citoyenne, le chef de l’État a été localisé à des milliers de kilomètres de la capitale, ayant atterri à Dubaï ce 13 octobre 2025, après une exfiltration rocambolesque.
L’itinéraire de fuite : Antananarivo à Dubaï
L’itinéraire emprunté par Andry Rajoelina témoigne de l’urgence de la situation et de l’intervention de puissances étrangères pour assurer sa sécurité. Selon les informations les plus récentes, relayées par diverses sources médiatiques et des confirmations circulant dans les cercles diplomatiques, l’exfiltration a eu lieu en plusieurs étapes, menées dans la discrétion de la nuit du dimanche au lundi.

Le départ du président aurait commencé par un transfert en hélicoptère depuis son palais, le menant vers l’île Sainte-Marie, sur la côte Est de Madagascar. De là, une source a confirmé qu’un avion militaire de l’armée française l’attendait, lui permettant de quitter le territoire malgache pour rejoindre l’île de la Réunion.
C’est à la Réunion, sur la base aérienne militaire de Gillot, que la dernière étape du voyage aurait été préparée. Le président Rajoelina et son entourage se seraient embarqués à bord d’un jet privé de la compagnie allemande EasyJet, qui a finalement atterri à Dubaï aux Émirats arabes unis ce lundi matin. L’opération, complexe et menée en coopération, confirme la profondeur de l’accord d’exfiltration évoqué par RFI.
Le vide du pouvoir
Sur place, à Antananarivo, le départ non annoncé du président intervient dans une atmosphère de vide du pouvoir. Le discours à la Nation, initialement programmé pour ce lundi à 19h00 (heure locale) pour tenter de calmer les esprits, a été annulé, laissant le champ libre aux interprétations et aux rumeurs. La crise a été particulièrement catalysée par l’ampleur des pertes humaines (au moins 22 morts et des centaines de blessés depuis le début des manifestations fin septembre), qui a conduit à une union inédite des forces vives de la Nation.

Le dimanche après-midi, la Place du 13-Mai, cœur de la contestation, a été le théâtre d’une cérémonie d’hommage poignant aux victimes. Cet événement symbolique a scellé une alliance de fait : des figures de l’opposition et des représentants religieux y côtoyaient ouvertement des membres de l’armée, en signe de solidarité avec le peuple et de rupture avec le régime.

C’est dans la foulée de cette cérémonie que la situation s’est dramatiquement aggravée : le Corps d’Appui à la Protection des Institutions (Capsat), une unité d’élite de l’armée, a déclaré avoir pris le contrôle de l’ensemble des forces armées, affirmant que tout ordre militaire émanerait désormais de son quartier général. Cette action a été officiellement dénoncée dimanche par la présidence comme une « tentative de prise de pouvoir illégale » et un « coup d’État » déguisé. L’onde de choc s’est étendue jusqu’aux institutions, avec notamment la destitution du président du Sénat, le général Richard Ravalomanana, le 12 octobre.
L’Union Africaine et les partenaires internationaux ont appelé au calme et à un dialogue immédiat pour éviter une nouvelle spirale de violence et une transition chaotique. Le pays est désormais suspendu aux prochaines annonces, se trouvant de fait dans une période d’incertitude totale quant à la direction des affaires de l’État.

