Depuis plus de deux ans, un nom résonne avec une insistance croissante dans les collines du Nord-Kivu et de l’Ituri, en République Démocratique du Congo (RDC) : les Wazalendo. Ce terme swahili, qui signifie littéralement « les patriotes », désigne une coalition hétéroclite de groupes armés dont l’influence a radicalement modifié la dynamique de la guerre dans la région des Grands Lacs.
Origines et genèse d’un mouvement « Patriote »
L’origine du phénomène Wazalendo remonte à l’appel à la mobilisation générale lancé par le président congolais Félix Tshisekedi en novembre 2022. Face à l’offensive fulgurante de la rébellion du M23 (Mouvement du 23 mars), soutenue par le Rwanda selon les rapports de l’ONU, les Forces Armées de la RDC (FARDC) se sont retrouvées en difficulté.
C’est dans ce vide sécuritaire que le concept de « résistance patriotique » a germé. D’anciens groupes Maï-Maï, des milices communautaires et de jeunes volontaires se sont ralliés sous la bannière des Wazalendo. Bien que présentés initialement comme une force d’autodéfense civile, ils sont rapidement devenus des auxiliaires militaires indispensables pour l’armée régulière, bénéficiant d’un soutien logistique et matériel souvent officieux.
Structure et figures de proue
Contrairement à une armée conventionnelle, les Wazalendo ne possèdent pas de commandement unique et centralisé. Il s’agit d’une constellation de groupes agissant de concert mais conservant leurs propres hiérarchies. Cependant, certaines figures se détachent :
- Le Guide Spirituel Ephraïm Bisimwa : Leader de la secte « Foi Naturelle Judaïque Messianique vers les Nations », il a été l’un des premiers à prôner l’insurrection contre le M23. Son arrestation et sa condamnation à mort (commuée en prison à vie) suite aux manifestations sanglantes de Goma en août 2023 ont fait de lui un martyr pour certains combattants.
- Guidon Shimiray Mwissa : Chef de la milice NDC-Rénové (Nduma Defense of Congo), il est l’un des commandants les plus influents sur le terrain. Malgré les sanctions internationales et les mandats d’arrêt pesant contre lui pour crimes de guerre, il est perçu par ses partisans comme un rempart contre l’invasion étrangère.
Bases d’opération et zone d’influence
Le théâtre d’opérations des Wazalendo se concentre principalement dans la province du Nord-Kivu. Leurs bases sont disséminées dans des zones stratégiques :
- Les hauts plateaux de Masisi et Rutshuru : Zones de combats directs contre le M23.
- Le territoire de Nyiragongo : Verrou sécuritaire protégeant la ville de Goma.
- La région de Kalehe (Sud-Kivu) : Zone de repli et de recrutement.
Leurs activités ne se limitent pas au front. Dans les zones sous leur contrôle, ils assurent la police, collectent des « taxes de guerre » auprès de la population locale et gèrent parfois l’accès aux ressources minières, créant une économie de guerre parallèle.
Une équation sécuritaire complexe
L’activisme des Wazalendo pose un dilemme majeur à la communauté internationale et à l’État congolais. D’un côté, ils ont permis de freiner l’avancée du M23 vers Goma et de maintenir une présence de l’État dans des zones reculées. De l’autre, de nombreuses ONG dénoncent des exactions : pillages, exécutions sommaires et recrutements d’enfants.
L’intégration de fait de ces miliciens dans l’appareil sécuritaire national complique les processus de désarmement (P-DDRCS). Pour les observateurs des Grands Lacs, le risque est de voir ces « patriotes » se transformer en seigneurs de guerre autonomes une fois le conflit avec le M23 apaisé.
Les Wazalendo incarnent aujourd’hui le visage d’une souveraineté congolaise meurtrie qui tente de se réapproprier son destin par la force des armes. Si leur légitimité populaire repose sur la haine de l’occupation étrangère, leur pérennité menace la stabilité à long terme d’une région déjà exsangue.

