Depuis le 17 février 2026, le Gabon vit une situation inédite et alarmante. Par une décision de la Haute Autorité de la Communication (HAC), l’accès aux réseaux sociaux — piliers de la vie moderne — a été brutalement suspendu. WhatsApp, Facebook, TikTok et Instagram sont devenus des zones d’ombre. Si les autorités invoquent la «préservation de la stabilité nationale» et la lutte contre les «fake news», les conséquences de ce blackout dépassent largement le cadre sécuritaire pour toucher au cœur même de la société gabonaise.
Un impact économique dévastateur
Pour beaucoup, les réseaux sociaux ne sont pas un simple divertissement, mais un outil de travail vital. Au Gabon, l’économie informelle et les PME reposent sur ces plateformes. Des milliers de commerçants utilisent WhatsApp pour prendre des commandes, Instagram pour exposer leurs produits et Facebook pour fidéliser leur clientèle.
En coupant ces canaux, c’est tout un écosystème entrepreneurial qui s’effondre. Les livreurs ne reçoivent plus de points GPS, les prestataires de services perdent leurs contrats et les transactions par Mobile Money, souvent liées à ces échanges, ralentissent. Ce préjudice financier, dont le calcul global reste à faire, fragilise des familles entières déjà éprouvées par le coût de la vie.
Une entrave aux libertés fondamentales
Au-delà de l’aspect financier, c’est le droit constitutionnel à l’information qui est bafoué. Dans un monde hyperconnecté, priver un peuple de communication revient à lui imposer un isolement forcé. La liberté d’expression, moteur de toute démocratie, ne peut s’exercer dans le silence. Cette mesure soulève des inquiétudes légitimes : comment rester informé en temps réel ? Comment rassurer ses proches vivant à l’intérieur du pays ou à l’étranger ?
Le risque est de voir s’installer un climat de méfiance généralisée. L’absence d’informations officielles accessibles sur les réseaux laisse ironiquement place aux rumeurs les plus folles, celles-là mêmes que le gouvernement prétend combattre.
Vers une résilience numérique ?
Malgré la coupure, la solidarité s’organise. Ceux qui le peuvent tentent de maintenir le lien, rappelant que la soif de liberté ne s’éteint pas par un simple décret technique. Mais cette résilience a ses limites : tout le monde n’a pas les compétences techniques pour contourner ces restrictions, et la baisse globale du débit internet rend toute tentative laborieuse.
Pour un retour au dialogue
Nous appelons les autorités gabonaises à la mesure et à la réouverture immédiate des espaces numériques. La stabilité d’une nation ne se construit pas par la censure, mais par le dialogue et la transparence. Le Gabon de 2026, tourné vers l’avenir, ne peut se permettre de rester déconnecté du reste du monde.
Il est temps de rendre aux Gabonais leur voix numérique. Car derrière chaque écran éteint, c’est une part de la vitalité de notre nation qui s’étouffe.

