NIGERIA / L’armée à la recherche des lycéens de Kankara.

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Quarante-huit heures après la violente attaque du lycée public de Kankara dans l’État de Katsina, au nord du Nigeria, où plusieurs élèves ont été enlevés et portés disparus, les parents ne cachent plus leur colère. Les récits qui ont inondé toute la presse nigériane racontent la même scène : vendredi soir, vers 23 heures, « les bandits sont arrivés à moto en tirant par intermittence et ont tenté d’entrer dans l’école », un pensionnat réservé aux garçons dans la région de Kankara, a déclaré à l’Agence France-Presse le porte-parole de la police de l’État, Isa Gambo. Les policiers les ont repoussés avec l’aide de l’armée au terme d’une fusillade d’une heure et demie, a ajouté le porte-parole, sans faire état de blessé. « Nous sommes encore en train de faire l’appel pour établir s’il manque des élèves », a-t-il ajouté, précisant que quelque 200 d’entre eux, qui avaient pris la fuite, étaient rentrés samedi matin.

Des habitants ont rapporté des enlèvements d’élèves, se comptant en dizaines selon les médias locaux : 300, 400, 600, aucun chiffre ne concordait dimanche soir. Un parent et un employé de l’école ont déclaré qu’environ la moitié des 900 élèves de l’école étaient portés disparus. « Les ravisseurs ont affronté le personnel de sécurité. Pendant ce temps, un autre groupe est entré dans l’école et a enlevé plusieurs élèves », a affirmé à l’AFP Nura Abdullahi, estimant prématuré d’en évaluer le nombre. Certains sont revenus en ville samedi matin après s’être échappés, mais d’autres sont rentrés chez eux, selon lui. Pour Ibrahim Mamman, un autre habitant, « la plupart des élèves se sont enfuis, mais certains ont été capturés et enlevés par les bandits ». Le gouverneur de l’État de Katsina a décrété la fermeture provisoire de tous les établissements publics scolaires hébergeant des élèves en internat.

Une priorité pour le gouvernement ?

Le président Muhammadu Buhari, originaire de l’État de Katsina, a condamné samedi l’attaque, menée par des « lâches » et visant des « enfants innocents ». Il a promis de renforcer la sécurité dans les écoles. Des mots qui n’ont convaincu ni les parents ni les Nigérians, en particulier sur la Toile, où une certaine colère est en train de monter contre le gouvernement. Et pour cause, le chef de l’État nigérian, qui est arrivé vendredi pour une semaine dans son village natal à environ 200 kilomètres de Kankara, devait informer l’Assemblée nationale sur la situation sécuritaire du pays la semaine dernière, un rendez-vous qu’il a annulé sans la moindre explication officielle. Il est également reproché au président le fait qu’il ne soit toujours pas venu rendre visite à la communauté, bien qu’il ne se trouve qu’à quelques kilomètres de là.

La colère monte d’un cran

« Certaines de nos filles de Chibok sont toujours en captivitéLe #LekkiMassaccre, 46 agriculteurs tués en un jour. Maintenant #KankaraStudent et vous n’avez manifesté aucune inquiétude, seulement des prières. Monsieur Buhari, vous avez échoué au Nigeria », écrit en colère un internaute. « Le président Buhari est arrivé dans sa ville natale de Daura, dans l’État de Katsina, pour une semaine de pause. Quelques heures plus tard, des hommes armés ont pris d’assaut l’école secondaire des sciences du gouvernement à Kankara, dans l’État de Katsina, et ont enlevé des dizaines d’étudiants de leurs dortoirs. Terrible ! » s’exclame un autre. « Tout simplement incroyable et le président est à Daura », peut-on encore lire sur Twitter.

Dans la foulée, une manifestation s’est tenue à Katsina, menée par les familles des disparus, et un mot dièse a fortement circulé en rappelant un autre : #BringBackOurBoys. Les manifestants ont fait le tour des locaux de l’école et de certaines parties de la ville avec des pancartes véhiculant divers messages, parmi lesquels « le gouvernement doit s’exprimer », « nous voulons que nos enfants reviennent » et « nous voulons la sécurité à Kankara ».

Des bandes armées parfois fortes de plusieurs centaines de membres sèment la terreur depuis plusieurs années dans les zones rurales du centre et du nord du Nigeria, pratiquant à grande échelle le vol de bétail et les enlèvements contre rançon.

En août, des hommes armés avaient enlevé en pleine classe une enseignante avec plusieurs de ses élèves dans l’État voisin de Kaduna. Les otages avaient ensuite été relâchés, mais l’éventuel versement d’une rançon n’a pas été révélé.

En 2014, plus de 270 filles avaient été enlevées par le groupe islamiste Boko Haram, dans une école de la ville de Chibok, au nord-est du Nigeria. Aucun groupe n’a encore déclaré avoir effectué le raid sur l’école de Katsina, qui est loin de la zone d’opération habituelle de Boko Haram dans le nord-est. Cette attaque est le dernier cas de ce genre dans le pays où l’insécurité sévit et où les meurtres et les enlèvements sont fréquents. Outre l’insurrection continue de Boko Haram dans le nord-est, des bandits attaquent à volonté les communautés du nord-ouest et du centre nord, tuant et kidnappant des habitants. Les enlèvements sont également devenus monnaie courante dans d’autres régions du pays.

Source : AFP

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